DEUX ÉTOILES

entre Orient et Occident

Les ciné-concerts du Quatuor Prima Vista

 

Lors d’un tournage dans les environs de Shanghai, Yan, un acteur renommé, rencontre Li, une charmante chanteuse qu’il fait engager pour jouer avec lui dans l’adaptation cinématographique d’une ancienne pièce de théâtre traditionnel chinois. Le film obtient un grand succès, et les deux stars, unis sur l’écran, deviennent bientôt un couple dans la vie réelle. Mais Yan omet de révéler qu’il est déjà marié, selon les termes d’une union forcée. En désespoir de cause, il préfère se faire passer pour un amant volage que d’avouer son terrible secret. Désabusée, Li abandonne le monde du cinéma et retourne à la campagne pour vivre auprès de son père.

Ce film est remarquable à divers titres : magnifique mélodrame classique servi par des interprètes non moins charismatiques (Wang Renmei alias Violet Wong et Yang Yi Yun alias Raymond King), il est également une étonnante et très rare plongée dans les coulisses des tournages de l’époque mythique du cinéma chinois, et un superbe manifeste de l’Art Déco dans le Shanghai des années 1920, en même temps qu’une réflexion en forme de variations sur les thèmes de la tradition et de la modernité, et des cultures chinoise et occidentale qui se côtoient sans cesse au fil d’un récit placé sous le signe de la dualité entre ruralité et urbanité, monde réel et coulisses du spectacle, mensonge et vérité. Il n’y a pas jusqu’aux deux acteurs principaux dont les noms n’aient leur double «occidentalisé».

Quant au titre, il se réfère à une légende chinoise (Le Bouvier et la Tisserande) : deux amants séparés par le destin se réunissent dans la voie lactée sous la forme de deux étoiles.

On retrouve donc dans cette nouvelle partition toute la dualité du film qui fait tantôt s’opposer, tantôt se marier les esthétiques occidentales et chinoises. Entre contemplation orientale et pétulance des Années Folles, drame classique et comédie chinoise, la partition épouse chaque contour d’un scénario multiple. Pour l’occasion, une flûte, instrument commun aux deux cultures, rejoint le Quatuor Prima Vista pour ajouter ses couleurs à l’éventail de celles des instruments à cordes. C’est au flûtiste Pierre-Simon Chevry qu’a été confiée cette création.

 

Un grand mélodrame du cinéma muet chinois

le film

RÉALISATEUR  Shi Dongshan (Tomsie Sze)

année  1931

durée  1h26

compositeur  Baudime Jam (2012)

dans la voie lactée

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À noter que le film n’a pas bénéficié, à l’époque de sa sortie, d’une musique originale : comme il était d’usage, ce sont quatre arrangeurs qui ont compilé des extraits musicaux en guise d’accompagnement. À cet égard, et contrairement à ce qu’on peut lire sur internet, Li Jinhui, un des quatre conseillers musicaux (musical advisers) crédités en 1931, n’a pas contribué à la composition de la musique enregistrée sur le DVD actuellement distribué dans le commerce par Cinema Epoch : cette bande sonore, réalisée en 2007 sur ordinateur avec des sons synthétiques, est l’œuvre de Toshiyuki Hiraoka. Du collage musical hétéroclite utilisé à la sortie du film, il ne reste aucune trace, mais il n’avait probablement aucune parenté avec la musique répétitive et minimaliste de Hiraoka, sans pour autant avoir de légitimité esthétique puisqu’il n’était pas une partition originale. Quant à la musique instrumentale, fort belle au demeurant, qui illustre ce même film dans l’édition publiée en Chine par Bo Ying sous le titre «An Actor and an Actress», aucune information n’indique qui en est l’auteur.

La musique créée par Baudime Jam permet donc de redécouvrir ce grand chef-d’œuvre chinois avec un accompagnement mis au service de sa dramaturgie.